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  • Le Détachement en Action

    Il y a des moments où le monde pèse trop lourd. Où les nouvelles qui arrivent, les bombes, les corps, les villes effacées, créent en moi un état de paralysie. À quoi bon agir quand la violence est si grande, si organisée, si implacable ? Ces derniers mois, en regardant le Liban se faire envahir par l’armée sioniste, je me suis retrouvé dans cet espace d’impuissance, ce sentiment que chaque geste est dérisoire face à l’ampleur de ce qui se passe.

    C’est dans cet état que je suis retombé sur ces mots anciens. Pas comme une consolation facile. Mais comme un rappel de quelque chose que j’avais oublié.

    Sur le champ de bataille, Arjuna hésite. Le monde est trop complexe, trop tragique. Toute action semble porter en elle des conséquences impossibles à maîtriser.


    Tu as droit à l’action,
    mais jamais à ses fruits.


    Bhagavad Gita
    (La Bhagavad Gita est un texte sacré hindou millénaire. Arjuna est un guerrier au seuil d’une bataille qui lui semble injuste. Krishna, manifestation du divin, lui apparaît et lui rappelle le sens profond de l’action juste.)

    Ces mots m’ont particulièrement touché. Ils ne sont pas un appel au détachement froid. Ils sont une libération.

    Car lorsque nous agissons uniquement pour le résultat, nous devenons prisonniers de l’avenir. Nous pesons nos gestes selon leurs chances de succès. Nous calculons, nous hésitons, nous reculons.

    Mais si l’on te disait : ton action n’a qu’une chance sur cent de transformer ce monde, continuerais-tu à agir ?

    Si l’on te disait : ce que tu fais aujourd’hui ne portera peut-être jamais les fruits que tu espères, abandonnerais-tu ton geste ?

    Alors la question devient plus profonde : pourquoi agis-tu ?

    Si ton action dépend de la réussite, elle appartient déjà au futur. Elle devient stratégie, ambition, peur de l’échec.

    Mais si ton action est l’expression de ta nature profonde, alors elle appartient au présent. Elle devient une vérité incarnée.

    Agir ainsi, on ne cherche plus à transformer le monde. C’est simplement laisser la vie s’exprimer à travers toi.

    Comme un arbre qui donne de l’ombre sans demander si quelqu’un viendra s’y asseoir.
    Comme une rivière qui coule sans se demander si elle atteindra l’océan.
    L’action juste ne naît pas de la garantie du succès. Elle naît de l’alignement intérieur. Lorsque ton geste vient de cet endroit, il est déjà complet.
    Le résultat appartient au mouvement immense de la vie, qui dépasse toujours notre compréhension.

    Car l’action qui naît de la peur cherche à se protéger. L’action qui naît de l’ego cherche à se prouver. L’action qui naît du désir de réussir dépend déjà du regard des autres.
    Mais l’action qui naît de la paix n’a rien à démontrer, rien à conquérir, rien à fuir. Elle est simplement l’expression de ce que tu es, dans toute sa vérité.
    C’est là que réside le vrai détachement, non pas l’indifférence au monde, mais la liberté d’y entrer pleinement sans en avoir besoin pour exister.

  • Voir Avec le Coeur

    Pour voir par dela les formes, voir avec le coeur et non les yeux, voir au dela des voiles qui
    obstruent notre vision. C’est grace a la frequence de l’energie de l’amour que nous pouvons
    polir notre coeur. Pour manifester le divin dans notre vie, il s’agit de comprendre que nous
    baignons deja dedans, qu’il n’y a pas de separation, que chaque action que nous faisons, et
    meme chaque non action, est deja en train d’influencer, d’affecter, de modifier la trame de la
    vie et ainsi le cours des choses.


    Ca peut etre paralysant ou meme terrifiant de le realiser. On n’a plus envie de faire quoi que
    ce soit. Mais le fait est que meme ne rien faire a aussi un effet. Prendre conscience de cela
    nous permet de comprendre le role que nous avons en etant ici, et de nous permettre de
    participer pleinement a cette danse.

    Votre énergie va là ou se trouve votre attention, votre conscience.


    Chaque geste, chaque mot, chaque silence, chaque inaction, chaque emotion, chaque
    intention a un effet. Votre energie va la ou se trouve votre attention, votre conscience. Cela
    nous demande d’avoir de l’amour dans notre coeur et de vibrer sur cette frequence, ainsi que
    de l’humilite pour comprendre qu’il n’y a pas d’ego separe, et que ma participation consiste
    simplement a accepter de jouer mon role dans ce tout connecte.
    Un equilibre entre ecoute et action, l’une ne peut aller sans l’autre. Etre present, etre
    conscient, accepter ce cadeau, cette invitation, ce role de participer activement a la
    manifestation du divin ici et maintenant, c’est se rappeler pourquoi nous sommes la et se
    souvenir de ce que nous sommes reellement.

    Les plans de la manifestation


    Le monde est en mouvement intense, ascendant vers l’axe vertical présent en toute chose pour rejoindre la descente de l’Absolu dans les formes manifestées. Ce flux se déroule de manière si ordonnée et successive, selon des schémas précis, que nous n’en avons pas conscience, et le monde nous parait immuable.
    Cette création sans cesse renouvelée est un processus que seule la forme humaine, dotée de conscience du Soi, peut appréhender.
    Comme l’exprime Ibn Arabi, le prodige des prodiges réside dans le fait que la forme humaine et toutes les autres créatures sont en perpétuelle ascension, sans que nous en ayons conscience, soit à cause de l’extrême finesse du voile, soit à cause de l’extrême similitude entre les formes successives.
    Ceux qui ne perçoivent pas ce renouvellement constant sont dans la confusion, car ils ignorent la création nouvelle à chaque Souffle Divin. Dans cette approche, mise en lumière par la traduction de Laleh Bakhtiar, le soufi est conscient des formes changeantes du Divin et reconnait que cette transformation constante se reflète en lui meme.


    C’est ainsi que s’ouvre la compréhension des différents plans de la manifestation. Depuis la Source, plan le plus subtil, pure potentialité ou tout commence, sans forme ni dualité, ou réside la conscience pure, émerge l’Intention, première impulsion créatrice issue du silence, souffle de l’inspiration.

    Cette intention se déploie dans la Pensée, plan de la conceptualisation ou l’énergie devient intelligible, puis dans l’Émotion, ou les vibrations intérieures donnent vie et couleur à cette pensée, faisant naitre désirs et élans. L’Énergie traverse et anime l’ensemble, préparant la manifestation dans le monde tangible.

    Le Verbe devient alors l’expression consciente de cette intention, la formulation qui donne forme à ce qui se prépare.
    L’Action constitue la première incarnation dans la matière, là ou les intentions deviennent gestes et dynamiques, jusqu’à la Matière elle meme, concrétisation tangible de la manifestation dans le monde physique.

    Ainsi, ce que nous voyons, ce que nous pensons, ce que nous ressentons et ce que nous faisons participent tous à un meme mouvement. Voir avec le coeur, reconnaitre le flux constant de la création et comprendre les plans de la manifestation ne sont pas séparés, mais révèlent une seule et meme réalité.

  • L’Artivisme dans la Danse : Mon Chemin de Derviche Contemporain

    L’artivisme en mouvement

    L’artivisme, c’est cette alchimie entre l’art et l’engagement. Pour moi, c’est dans la danse que cette fusion prend tout son sens.
    La danse tournoyante, inspirée des derviches tourneurs, est bien plus qu’une simple pratique : c’est un voyage, une exploration, une manière d’être au monde.

    À travers mon parcours d’artiste et de facilitateur de danse tournoyante contemporaine, j’ai découvert comment le mouvement peut devenir un acte de résistance, une prière incarnée, une prise de parole silencieuse mais puissante.


    Danse tournoyante : entre héritage et modernité

    Quand on évoque la danse soufie, on pense souvent à des figures mystiques en robes blanches tournant jusqu’à la transe. Mais pour moi, cette image figée masque un potentiel bien plus vaste.

    J’ai choisi de revisiter cet art du tournoiement, non pour reproduire une tradition, mais pour la faire dialoguer avec notre époque.
    Comment ce mouvement ancestral peut-il nous reconnecter à nous-mêmes, aux autres, à l’instant ? Comment peut-il être un outil de liberté, voire de contestation douce, dans un monde où tout va trop vite ?


    Le Derviche Contemporain : une recherche vivante

    Mon chemin artistique m’a mené à m’affranchir du cadre traditionnel, en y intégrant des influences de danse contemporaine, de contact improvisation, de théâtre physique.
    Le Derviche Contemporain, ce n’est pas une performance figée, c’est une recherche chorégraphique, une quête d’équilibre entre ancrage et perte de repères.

    Dans mes stages, je guide les participant·es dans cette exploration du mouvement tournant. Ce n’est pas une simple technique :
    c’est une expérience sensible, un lâcher-prise, une connexion au souffle, à l’espace, à l’autre.


    Là où la danse devient artivisme

    Le tournoyement devient artivisme quand il transforme, quand il questionne.
    Danser, c’est déjà résister :

    • contre l’inertie et l’oubli du corps
    • contre une société qui nous pousse à tout rationaliser
    • contre le besoin de contrôle permanent

    Tourner, c’est laisser parler l’intuition, s’ouvrir à l’invisible, reconquérir une présence.

    Dans mes performances comme dans mes ateliers, j’ai vu la puissance de cette pratique :
    méditation en mouvement pour certains, libération intérieure pour d’autres, ou encore affirmation existentielle pour beaucoup.


    Danser, tourner, exister

    Mon engagement en tant que Derviche Contemporain est un chemin en mouvement permanent.
    Chaque stage, chaque rencontre, chaque cercle est une nouvelle leçon.

    Je continue de tourner, non pour fuir le monde, mais pour y ancrer une autre vision :

    • une vision où le mouvement devient poésie,
    • où la danse devient langage universel,
    • où l’art devient acte de liberté.

    Et parfois, il suffit d’un simple tour pour transformer le regard qu’on porte sur le monde.

  • Gamart : Une Danse Hybride au-delà des Frontières 

    Danser entre les cultures : un dialogue entre l’Orient et l’Occident 

    Je viens d’un carrefour de cultures, un entre-deux où l’héritage arabe et les influences européennes s’entrelacent. Cette tension entre deux mondes nourrit mon travail chorégraphique. Dans Gamart, cette double identité prend vie dans la gestuelle : les rotations infinies des derviches tourneurs rencontrent la fluidité de la danse contemporaine, les rituels anciens s’entrelacent avec des expressions modernes. 


    Un Langage Corporel Hybride et Engagé 

    Ma recherche chorégraphique au sein de Gamart se nourrit de ce croisement. Je travaille à décloisonner les formes, à brouiller les lignes entre la danse soufie, la danse contemporaine et l’art performatif. Comment les rotations des derviches tourneurs peuvent-elles dialoguer avec les principes du contact improvisation ? Comment créer un espace de liberté où le corps s’exprime au-delà des cadres imposés ? 


    L’Art Queer : Un Corps Politique et Poétique 

    Gamart, c’est aussi un espace où les identités se réinventent. L’art queer est une inspiration essentielle dans mon travail : il m’apprend à voir le corps comme un territoire en mutation, à refuser les normes figées, à célébrer l’ambiguïté et la fluidité. Danser, c’est déjà une prise de position : c’est exister pleinement, dans toute sa singularité. 


    Au-delà du Divertissement : Une Danse Porteuse de Sens 

    Ce qui me passionne chez Gamart, c’est que la danse y dépasse le cadre du simple divertissement. Chaque performance est une expérience immersive, où le spectateur est invité à ressentir autant qu’à voir. C’est une danse qui interroge, qui trouble, qui ouvre des brèches. L’artivisme est au cœur de ma démarche : utiliser la danse comme un outil de transformation, un langage pour parler d’interculturalité, de spiritualité, d’identité, de liberté. Chaque mouvement devient une manière d’interroger le monde, de proposer une autre façon d’être ensemble. 


    Gamart : Une Danse en Mouvement, un Monde en Devenir 

    Ce que je trouve puissant dans cette compagnie, c’est son refus du cloisonnement. Gamart est un espace de recherche, où la danse dialogue avec la musique live, la vidéo, la performance, la poésie. C’est une invitation à rêver autrement, à ressentir autrement, à penser autrement. Et si nous pouvions, par la danse, transformer notre regard sur le monde ? C’est cette question qui me fait avancer, qui me pousse à tourner encore et encore, à chercher, à créer. Gamart, pour moi, c’est ça : une danse en mouvement, un monde en devenir.

  • Qu’est-ce que le Derviche Contemporain ?

    Le Corps comme Révolution, la Danse comme Résistance.

    Le Derviche Tourneur ne tourne pas uniquement sur lui-même. Il tourne autour d’un axe invisible, un centre immobile au milieu du chaos du monde. Il tourne pour se dissoudre, pour transcender les frontières de l’ego, pour se libérer des carcans imposés par l’histoire, la culture et les systèmes de domination. 

    Mais que signifie tourner aujourd’hui ? Dans un monde fragmenté, où l’accélération permanente empêche toute connexion véritable, la danse soufie résonne comme un acte de rébellion, une révolution silencieuse du corps et de l’âme. Ce n’est plus seulement un rituel mystique ; c’est une poésie en mouvement, un cri d’émancipation,  une réponse spirituelle et politique aux fractures de notre époque. 


    Danser pour retrouver l’unité 

    Depuis des siècles, la danse soufie est un chemin d’unification, une quête où le  danseur devient à la fois vide et plein, où l’acte de tourner dissout les illusions de séparation. Inspiré par Rumi, le Derviche Contemporain réinvente cette quête : il ne  s’agit plus seulement de tourner en cercle, mais de tisser un dialogue entre passé et  présent, visible et invisible, ancien et nouveau. 

    Le Derviche Contemporain est un messager du mouvement perpétuel. Il danse dans la  faille entre tradition et modernité, refusant de choisir l’un au détriment de l’autre. Il fait  de son corps une passerelle entre les héritages spirituels et les aspirations du monde  contemporain. 

    Dans cette approche, la danse devient une forme d’insurrection douce : 

    Une insurrection du silence : Dans un monde saturé de bruit et de distraction, le tournoiement crée une brèche où le vide devient fertile, où la présence devient radicale. 

    Une insurrection du corps : Lorsque l’individu tourne, il renverse l’ordre établi de la gravité, il défie l’inertie du quotidien, il revendique un espace où le corps retrouve sa souveraineté. 

    Une insurrection du sacré : La danse soufie ne se limite pas à un passé glorieux ; elle est une invitation à incarner le sacré dans l’instant, à faire du geste un temple vivant.


    Le politique du tournoyant 

    Tourner n’est pas neutre. Tourner, c’est refuser l’immobilisme, refuser d’être enfermé dans des structures figées, refuser une modernité qui détruit ses racines au lieu de les faire croître. 

    Le Derviche Contemporain, en mêlant danse sacrée et conscience moderne, devient un acteur politique au sens le plus noble du terme : il interroge notre rapport au monde, à la mémoire collective, aux récits qui nous construisent et nous enferment. 

    Il rappelle que la tradition n’est pas un poids, mais un feu. Que la modernité ne doit pas être une amnésie, mais une réinvention. Que danser, c’est créer du sens, une nouvelle narration du corps et de l’être. 

    Dans cette vision, la danse soufie n’appartient plus uniquement aux cercles fermés des ordres mystiques, ni aux musées du folklore figé. Elle devient une philosophie en  mouvement, une invitation à repenser notre manière d’habiter le monde. 

    Rumi disait : « Ne sois pas satisfait des histoires, de comment les choses ont été. Crée ta propre légende. » 

    Créer une légende, c’est laisser la danse soufie respirer à travers nous. C’est comprendre que le Derviche Tourneur du XXIe siècle ne tourne pas pour fuir, mais pour revenir. Revenir à son corps, revenir à l’autre, revenir à l’essence. 

    Les stages de Derviche Contemporain ne sont pas de simples ateliers de danse. Ce sont des espaces de métamorphose. Des lieux où l’on réapprend à écouter l’intelligence du mouvement, à laisser le corps dialoguer avec l’invisible, à embrasser le tournoiement non comme une technique, mais comme une porte d’accès à une autre  perception de l’existence. 

    Car dans un monde qui nous pousse à courir sans cesse, peut-être que la véritable révolution est d’apprendre à tourner.